Rapport des deux premières semaines d’Eva – 11 Décembre 2017

Posté le: décembre 12, 2017 Posté par: AHJV Commentaire: 0

Rapport des deux premières semaines d’Eva – 11 Décembre 2017

Mon arrivée, le 26 Novembre, fut le début d’un grand nombre de merveilleux moments déjà vécus. J’avais déjà lu dans plusieurs témoignages que j’arriverai aux sons des djembés, des chants et qu’on m’accueillerait, comme il se doit, avec du sodabi. Cela n’a pas manqué, à peine sur le parking de l’aéroport, ça jouait du djembé. Malgré l’appréhension d’arriver dans un lieu totalement inconnu, loin de ma famille et de mes habitudes, tout le monde m’a très vite mise à l’aise.
Ayant choisi le projet « Sourire de Noël » qui ne se déroule que fin décembre, une réunion de début de chantier a été organisée afin que je choisisse les différents projets auxquels je souhaite participer. Si tout le monde participe à l’animation les mercredis et samedis après-midi, j’ai aussi choisi de travailler en école primaire. Le temps que les choses se mettent en place, j’ai finalement commencé par suivre Laurie, super colocataire, infirmière et habituée des séjours ici. Nous sommes allées à Kouniko avec Etiam afin de soigner des plaies et qu’elle me forme un peu dans l’espoir de continuer le travail lorsqu’elle sera repartie. Le projet « Enfants malnutris » dont elle est à l’initiative m’a également été présenté dans le but d’être rédigé et de savoir réellement sur quelles bases s’appuyer (quel type d’enfants pris en charges, pour quelles raisons, etc). Je n’ai pas eu l’occasion de rencontrer tous les enfants pris en charge au sein de ce projet mais j’ai pu suivre de plus près le cas de Nati que vous avez l’occasion de suivre à travers les rapports et qui est régulièrement amené à la maison afin de le faire progresser en termes de compréhension et de langage.
Comme pour l’animation, selon nos disponibilités, nous participons tous au suivi des enfants de la rue. Nous nous retrouvons donc chaque jeudi et dimanche soir afin de discuter avec eux et de tenter de les réinsérer au sein d’une famille et d’une formation. J’ai particulièrement rencontré Afi pour laquelle le travail a déjà été largement avancé puisqu’elle vient régulièrement à l’asso et qu’elle retourne à l’école (avec toutefois un suivi important des membres et volontaires de l’asso). Les enfants de la rue n’étant pas venus à plusieurs reprises lors des rendez-vous hebdomadaires, nous sommes allés à leur rencontre avec Luc, Ben et Victor, chez la dame qui leur rachète la ferraille. C’est là que j’ai rencontré Augustin et Roger pour lequel le gros souci est de ne pas vouloir se laver. Quant à Augustin, nous avons pu le revoir ce dimanche au point de rendez-vous. Son cas semble plus compliqué que celui d’Afi puisque celui-ci a du mal à quitter la « liberté » de la rue (et ce qu’elle engendre : alcool, drogue, sorties, etc). Nous négocions avec lui afin de lui faire reprendre une formation mais il souhaite, jusque janvier, continuer la vente de ferraille pour économiser pour les fêtes.
La deuxième semaine, j’ai pu commencer à aller travailler à l’école « Le Carillon » en classe de CM1. J’avais demandé à travailler avec des élèves de CP mais ceux-ci s’expriment encore beaucoup en éwé, ce qui rend la tâche un peu complexe. Néanmoins, j’ai quand même parfois l’occasion de faire du sport avec eux et être en CM1 me plaît tout autant. L’enseignant me laisse parfois mener les corrections de devoirs et quelques révisions puisque les élèves entameront bientôt les compositions de fin de trimestre.
Directrice et animatrice en accueil de loisirs lors des vacances et travaillant dans le domaine éducatif lors des périodes scolaires, il est très intéressant de découvrir les similarités et différences avec la France même si cela s’avère parfois difficile tant nous n’avons pas les mêmes coutumes. Je retiens pour le moment que les enfants ont soif d’apprendre et que si les signes d’autorité sont parfois choquants, la relation enseignant/élève peut également être pleine de complicité, de respect, de rires et de bienveillance. Il n’est pas toujours possible de faire des comparaisons à la France simplement parce que nos modes de vie sont différent en tout point. C’est pourquoi je m’efforce de comprendre le fonctionnement et de m’y adapter. Lorsque cela semble plus difficile, les enseignants sont toujours ouverts à la discussion et comprennent également mes ressentis.
De façon générale, j’en prends plein la vue. Beaucoup sont les gens qui me disent ici qu’ils rêveraient d’aller en France. Je tente souvent de leur expliquer qu’il serait très certainement déçus car si nous avons en effet la chance d’un énorme confort (et bien plus qu’on ne l’imagine), nous n’avons pas la chaleur humaine qui envahit tout le monde ici, les sourires constants, la bienveillance des personnes qui vous demande chaque fois si tout va bien, si la nuit a été bonne, qui vous rassure quand vous tombez malade (car oui, je ne peux pas le nier, entre les insolations et la nourriture avec laquelle j’ai un peu de mal, je suis parfois malade), qui sont soucieux de votre bien-être et de celui de toute votre famille (que ce soit la famille en France ou la grande famille que représente la maison), qui s’intéresse à votre parcours et à ce qu’il a engendré sur vous. Je me doutais d’avance que j’aurai l’occasion de découvrir cela mais il faut le vivre pour réellement le comprendre. Toutes mes inquiétudes de la première semaine se sont vite envolées pour laisser place au moment présent et à tout le plaisir qu’il procure.
Je pourrai encore m’étaler longuement sur tout ce que je vis ici mais une séance de travail sur le projet des enfants malnutris va bientôt commencer et j’ai encore plein de choses à découvrir… Alors ce sera pour dans deux semaines avec encore, j’en suis sûre, des souvenirs à revendre.
Eva DELEFORTRIE