Éva – Rapport du deuxième mois de mission

Posté le: mai 30, 2018 Posté par: AHJV Commentaire: 0

Éva – Rapport du deuxième mois de mission

Voilà deux mois et trois jours que je suis au Togo et que je ne m’en lasse pas.
La vie d’ici me plaît toujours autant et toujours davantage car à force de côtoyer les personnes d’ici, leur mode de vie, j’ai pris mes petites habitudes, tisser des liens plus nombreux et plus forts.
Je dois dire aussi que la langue Éwé me fascine un peu et qu’il me plaît de tenter de la parler tant cela surprend les gens d’ici et les fait rire.

Je commence doucement à me préparer psychologiquement au retour. Il ne me reste plus que douze jours.
Certains d’entre vous savent combien mon premier retour fut difficile et je les remercie encore d’en avoir compris les raisons. Ce n’est pas que ma famille, mes ami(e)s, ne me manquent pas, ni que je ne suis pas heureuse de les retrouver, bien au contraire. C’est l’adaptation qui s’avère difficile. Lorsque vous créez des relations, découvrez des choses dont vous n’imaginiez même pas l’existence, faites des choses que vous ne pouvez accomplir qu’ici avec de la solidarité, de la fraternité, que ces choses vous valorisent, vous rendent heureux et rendent les autres heureux également, et que vous vivez tout cela à fond tant vous savez que le temps est limité et qu’il faut profiter de chaque instant, le retour à la réalité est assez brutal.

Cependant, me voilà un peu plus rassurée et un peu plus prête à faire face au départ. Tout d’abord, je l’ai déjà vécu, d’autres volontaires et particulièrement ceux qui viennent régulièrement le vivent aussi, nous en connaissons la sensation et nous soutenons. De plus, il est juste question de patience, je sais bien que je reviendrai le plus rapidement possible pour accomplir les projets en cours et parce qu’il me faut retrouver toutes ces personnes qui me tiennent à cœur.
Mais surtout, contrairement à mon premier séjour, j’ai la sensation d’avoir accompli, avec tout le monde ici, la mission pour laquelle je suis venue passée ces deux mois et demi ici. Je n’ai pas d’impression d’une mission inachevée car la liste des choses que nous avions à faire est quasiment accomplie et ce, grâce à l’investissement de chacun ici.

En deux mois (et c’est un délai plutôt court), nous avons terminé toute la première étape du projet « Écoles d’ici et d’ailleurs » dont vous pouvez retrouver les rapports sur la page de l’AHJV mais également sur ma propre page, « Une yovette au Togo » où figure un article expliquant les intérêts du projet.
Il s’agissait d’effectuer tout un travail de rédaction et de recherches afin d’aider au mieux les écoles togolaises dans le besoin par le biais de correspondances avec des écoles françaises qui se mobiliseront via des événements de solidarité. On peut parfois penser que c’est une simple association, que nous travaillons mais que les choses ne sont pas si professionnelles. J’étais moi-même surprise du professionnalisme avec lequel nous avons accompli ces différentes tâches :
– Demandes d’autorisations auprès de la Direction Régionale de l’Éducation Nationale et de l’Inspection
– Écriture du projet
– Écriture d’un questionnaire d’enquête
– Enquêtes au sein de 15 établissements publiques (et certains d’entre eux ne se situaient pas tout prêt. Du temps à passer sur le zem sur des routes de sable peu praticables, je crois que mes fesses et le bas de mon dos s’en souviennent encore !)
– Dépouillement d’une quarantaine d’enquêtes
– Analyse de ces enquêtes et concertation de l’équipe quand à la manière d’intervenir en fonction des établissements.

Et tout cela, dans la joie et la bonne humeur. Chacun y a mis du sien, a mis ses compétences à disposition et de façon très impliquée. Je pense que le fait de créer un nouveau projet a redonné un peu de vivacité à notre motivation. Non pas que la motivation manque mais certains projets, même s’ils sont phares de l’association, sont présents depuis et deviennent habituels. Il est naturel de ne pas toujours parvenir à renouveler ces activités, d’en être un peu fatigué, mais l’association veille à ce que cela ne se produise pas et que chaque projet ici soit mené avec ferveur. Les réunions sont fréquentes, l’avis de chacun est pris en considération et permet d’évoluer.

Dans mon quotidien, au sein des équipes avec lesquelles je travaille, je suis quelqu’un de plutôt investie et de leader. Mais il me faut un temps d’adaptation, un temps de découverte des personnes avec lesquelles je travaille afin de réellement mettre mes compétences à profit.
Cette adaptation a été plus longue depuis que j’ai découvert l’AHJV-TOGO simplement parce qu’en plus d’avoir ce temps de tatillonnage habituel que j’ai dans chaque nouveau milieu, je m’adapte également à tout un mode de vie avec lequel il faut s’accorder un peu de patience. C’est maintenant que je commence à m’introspecter un peu et à constater ma propre évolution dont je suis assez satisfaite même si j’ai tendance à considérer que l’on peut toujours faire mieux (et c’est aussi cela qui fait avancer).

Mes deux semaines restantes vont être plus axées sur le projet de solidarité pour l’animation à l’AHJV-TOGO en partenariat avec la 3CA. Le délai est peut-être un peu court mais il nous faut confectionner les bracelets destinés aux enfants français en remerciement de leur implication. Nous avons pensé à plusieurs reprises à la façon de les fabriquer, au coût que cela représente, au fait qu’il faille en faire un grand nombre (un peu plus de 1000!), d’autant plus que le budget est serré.
Mais je sais de quoi nous sommes capables et n’ai pas réellement peur (mais un peu quand même) de ne pas parvenir à atteindre cette quantité. Mais avec toutes les mains que nous avons dans cette association et l’intérêt que nous portons à nos projets, nous devons nous dire que tout est possible et que ça va aller.
Mis à part la confection de ces bracelets, l’association n’avait pas trop d’actions à réaliser quant à ce projet car toute la mobilisation s’effectue en France. La mission me revenait plus en terme de prises de photographies, vidéos, achat d’objets typiquement africains.

Je pense que, comme je vous l’avais promis, vous avez eu l’occasion de voir, sur ma page, que je parvenais enfin à vous partager toutes ces photos d’animation, de villages, de plats togolais et j’espère que cela vous plaît et vous parle davantage.

Je sais qu’un mois de juillet à faire découvrir le Togo aux enfants français m’attend et que la mobilisation de 11 équipes d’animation et d’environ 1000 enfants va pouvoir aider l’AHJV-TOGO. C’est cette motivation et l’envie de revoir mes proches qui atténue un peu la peur du retour.
La seule chose inquiétante est que, mon retour en août est toujours remis en question. J’ai d’ailleurs des proches qui font des recherches afin de réduire le coût du voyage et de ne pas mettre cette mission en péril. Il s’agirait de prendre un vol Paris-Ouagadougou (avec une looooongue escale) puis une journée complète de bus avant d’arriver à Lomé. En soit, le temps de voyage ne me dérange pas. Mais le coût s’avère quand même élevé (d’autant plus que j’ai eu une grosse mésaventure bancaire et que l’administration togolaise a tendance à me rendre la vie un peu pénible) et que le transport de 9 bagages n’est pas envisageable dans ce type de voyage. Il faut peut-être envisager un autre type de livraison ou solliciter les futurs volontaires qui viendront à l’AHJV-TOGO auxquels nous financerons le coût des bagages supplémentaires.
Je ne suis pas pour autant découragée. Je sais que, d’un côté comme de l’autre, je travaille au sein de structures motivées avec des personnes investies et qui n’ont pas froid aux yeux. Je sais déjà pouvoir compter sur leur future implication et sur le soutien de mes proches que j’ai hâte de retrouver.

À bientôt pour le rapport final de mission. En attendant, portez-vous tous bien.

Éva DELEFORTRIE